Dominique Abel

Agujetas Cantaor

La souffrance et la solitude, il les atténue par l'insolence. C'est elle qui le fait tenir, c'est elle qui lui donne, envers et contre tout, cette joie impertinente, qui les agace, leur devient parfois odieuse. Il crie sa vérité, et le plus étonnant c'est qu'elle est cohérente avec sa vie: c'est inouï, ça, cette indépendance. Il a le devoir de cette vérité, il faut bien qu'il y ait quelqu'un pour dire cette vérité, mais elle le rend détestable.

De toute façon, il n'a plus le choix. Il s'est enfoncé chaque fois plus dans cet absolu, par fidélité à ce qu'il a reçu, car c'est inoubliable, et il sait la valeur exceptionnelle, incomparable, ancestrale de ce chant. Pour lui tout le reste est trahison.

Il ne connait pas de différence entre ce chant et sa manière de vivre, c'est là aussi qu'est sa fidélité, sa force : s'il se mettait à vivre comme tout le monde, il ne pourrait plus chanter avec cette rage, il perdrait la virulence éblouissante de ce chant qui blesse… et soulage.

Voilà: cette conception l'isole à jamais, elle n'a plus rien à voir avec le monde moderne. Il rejette: il est rejeté. Il s'en moque, il en souffre moins qu'il n'en jubile.

Il est pareil aux grottes qu'habitaient les premiers hommes, et ce n'est qu'auprès de lui que je retrouve la paix de la chère obscurité, contre leurs fausses « Lumières ». J'y retrouve le recueillement de ma personne et son dépouillement; oui, ça se fait comme un miracle en sa présence. Nos deux âmes se sourient dans le noir, se tiennent la main en secret.

Manuel et Dominique lorsqu'ils se sont rencontrésCliquez sur la photo pour l'agrandir